Trois heures plus tard, un fourgon blanc s’arrêta devant la prison.
Une travailleuse sociale en descendit, tenant la main d’une fillette blonde aux grands yeux et à l’expression grave.
Salomé Morel avait huit ans, mais son regard portait le poids de quelqu’un qui avait trop vu.
Elle traversa le couloir de la prison sans pleurer, sans trembler.
Les détenus restèrent silencieux derrière les barreaux lorsqu’elle passa.
Il y avait en elle quelque chose qui imposait le respect, quelque chose que personne ne pouvait expliquer.
Lorsqu’elle entra dans la salle des visites, Salomé vit son père pour la première fois depuis trois ans.
Julien était menotté à la table, vêtu d’un uniforme orange usé, la barbe longue.
En voyant sa fille, ses yeux se remplirent de larmes.
— Ma fille… murmura-t-il. Ma petite Salomé…
Ce qui se produisit ensuite changea tout.
Salomé lâcha la main de la travailleuse sociale et s’approcha lentement de son père.
Elle ne courut pas. Elle ne cria pas.
Chaque pas semblait mesuré, comme si elle avait répété cet instant mille fois dans son esprit.
Julien tendit vers elle ses mains menottées.
La fillette s’approcha et l’enlaça.
Pendant une minute entière, aucun des deux ne parla.
Les gardiens observaient depuis les coins de la pièce.
La travailleuse sociale regardait son téléphone sans y prêter attention.
Puis Salomé s’approcha de l’oreille de son père et murmura quelque chose.
Personne d’autre n’entendit ses mots, mais tous virent leur effet.
Julien pâlit.
Tout son corps se mit à trembler.
Les larmes qui coulaient silencieusement devinrent des sanglots qui secouaient sa poitrine.
Il regarda sa fille avec un mélange d’horreur et d’espoir que les gardiens n’oublieraient jamais.
— C’est vrai ? demanda-t-il d’une voix brisée.
C’est vrai ce que tu dis ?