Adrien Montclair se plaça aussitôt entre elle et les enfants.
« Tu étais ici. Tu as tout mis en scène. »
« Je n’avais pas le choix », répondit-elle en avançant d’un pas. « Ta famille allait te retirer le contrôle de l’entreprise. Ils allaient tout prendre. Je devais m’assurer que tu ne m’entraînais pas dans ta chute. »
Adrien la regarda comme une étrangère.
« Qui a laissé les filles ici ? »
Rebecca serra les lèvres.
« Ce n’était pas moi… mais je savais qui les détenait. Je savais qu’elles allaient disparaître… et je n’ai rien fait. »
« Tu savais… » murmura Adrien. Sa voix était sèche, métallique.
Pendant un instant, le masque de Rebecca se fissura.
« Je ne pouvais pas sacrifier ma vie pour deux enfants qui ne faisaient pas partie de mes projets. »
Les jumelles pleuraient en silence. Elles ne comprenaient pas tout, mais elles comprenaient le rejet.
« L’homme à la capuche ? » demanda Adrien.
« Un récupérateur. On l’a payé pour se débarrasser de ce qui restait après l’incendie », répondit-elle. Ce mot — se débarrasser — brûla l’âme d’Adrien. « Je pensais qu’il avait terminé son travail… mais quand j’ai appris que le garçon… » elle désigna Julien avec mépris, « …les gardait en vie, j’ai su que ce n’était qu’une question de temps. »
La rage d’Adrien devint glaciale, lucide.
« Tu as payé pour qu’on enlève mes filles ? »
« Elles n’étaient pas les miennes », cracha Rebecca. « Je n’ai jamais voulu être mère. Je n’ai jamais voulu ce fardeau. »
Mais Adrien n’était déjà plus immobile. Tandis qu’elle parlait, il avait envoyé un message à son chef de sécurité et à un inspecteur qui lui devait un ancien service. Il ne faisait confiance à personne — mais encore moins au hasard.
Des sirènes retentirent au loin, se rapprochant comme un tonnerre. Rebecca pâlit.
« Tu ne peux pas me faire ça… »
« Je n’ai jamais promis d’être complice de ta cruauté. »
La police pénétra prudemment dans la décharge. L’homme à la capuche fut retrouvé quelques minutes plus tard, caché entre des carcasses de métal. Rebecca fut menottée. Elle ne cria pas, ne supplia pas. Elle baissa la tête — non par remords, mais parce qu’elle comprenait que le contrôle lui échappait.
Lorsque le silence retomba, Adrien s’agenouilla devant Camille et Élise. Il ne fit aucun geste brusque. Il laissa simplement ses larmes couler.
« C’est fini… » murmura-t-il. « Vous n’aurez plus jamais peur. »
Camille s’approcha la première. Lentement. Tremblante. Elle posa son front contre l’épaule de son père. Ce ne fut pas une étreinte parfaite. Ce fut un commencement.
Élise l’imita. Sa joue se colla à la chemise d’Adrien, comme pour vérifier si la vie pouvait redevenir douce.
Julien observait la scène, immobile, partagé entre soulagement et douleur, comme s’il savait qu’après cet instant, il ne serait plus leur unique refuge. Adrien le vit. Et se tourna vers lui.
« Toi aussi, tu viens avec nous. »