Je suis rentré en France avec mes deux frères et sœurs.
Mélanie, l’aînée. Toujours forte, toujours responsable, toujours à porter plus qu’elle ne devrait.
Et Mathieu, le plus jeune. Silencieux, doux, avec un cœur si grand qu’il semblait parfois ne pas tenir dans sa poitrine.
Nous sommes descendus de l’avion avec des valises pleines et des sourires nerveux.
Il y avait de l’émotion dans l’air.
Une excitation presque enfantine que nous n’avions pas ressentie depuis des années.
Nous voulions faire une surprise à maman.
La serrer dans nos bras sans prévenir.
Voir son visage s’illuminer en nous voyant entrer.
Pendant le vol, nous avons parlé d’elle sans arrêt.
Comme si répéter son nom nous rapprochait un peu plus.
— Elle doit aller mieux maintenant — disait Mélanie —. Avec tout ce qu’on lui envoie, elle ne manque sûrement de rien.
Mathieu hochait la tête en silence, le regard perdu par le hublot.
Moi, je souriais…
mais quelque chose en moi ne collait pas.
Pendant cinq ans, nous avons envoyé de l’argent presque tous les mois.
Sans faute.
Sans excuses.
Moi, j’envoyais deux mille euros.
Parfois plus, quand je recevais des primes ou faisais des heures supplémentaires.
Mélanie envoyait entre mille et deux mille cinq cents, selon les mois.
Mathieu n’a jamais manqué un envoi, même avec un salaire plus modeste.
Noël.
Anniversaires.
Urgences.
Il y avait toujours un virement.
Nous avons fait les comptes dans le taxi, presque comme un jeu.
Une addition rapide.
Un chiffre qui nous a fait hocher la tête avec fierté.
Plus de cent cinquante mille euros en cinq ans.
Dans ma tête, maman vivait dans une maison digne.
Avec des murs solides.
Un vrai lit.
Elle avait de la nourriture chaude.
Des médicaments.
Peut-être même un peu de tranquillité.