— Je ne veux pas créer de problèmes dans ta famille.
Je pris ses mains.
Elles étaient froides.
— Camille, dis-je. Tu es ma famille.
Personne ne parla.
Ni mes sœurs.
Ni ma mère.
Camille me regarda comme si elle ne savait pas quoi faire de ces mots.
Et soudain, quelque chose arriva que personne n’attendait.
Ma mère se leva.
Elle marcha lentement vers Camille.
Nous la regardions tous en silence.
Pendant un instant, je crus qu’elle allait la gronder.
Mais au lieu de cela… elle prit l’éponge posée sur la table.
Puis elle dit d’une voix calme :
— Allez, assieds-toi.
Camille la regarda, confuse.
— Quoi… ?
Ma mère soupira.
— Je vais finir de laver la vaisselle.
La surprise dans la pièce fut totale.
Mes sœurs échangèrent des regards.
Moi aussi, j’étais stupéfait.
Ma mère se tourna vers elles.
— Et vous, qu’est-ce que vous regardez ?
Sophie fronça les sourcils.
— Maman…
— À la cuisine, dit-elle. Toutes les quatre, on va terminer ce qu’on a commencé.
Personne ne bougea pendant une seconde.
Puis Élise soupira.
Marion se leva aussi.
Sophie fut la dernière.
Elles passèrent devant nous sans dire un mot et entrèrent dans la cuisine.
Le bruit de l’eau se remit à couler.
Mais cette fois… accompagné d’autres voix.
Camille continuait à me regarder.
— Julien… murmura-t-elle. Pourquoi as-tu fait tout ça ?
Je souris légèrement.
— Parce qu’il m’a fallu trois ans pour comprendre quelque chose de très simple.
Elle attendit.
Je serrai doucement sa main.
— Qu’un foyer n’est pas l’endroit où tout le monde commande.
C’est l’endroit où quelqu’un prend soin de toi.
Camille ferma les yeux un instant.
Quand elle les rouvrit… elle pleurait.
Mais cette fois, ce n’était pas de la tristesse.
Et pendant que, dans la cuisine, mes sœurs se disputaient pour savoir qui devait essuyer les assiettes…
pour la première fois depuis longtemps, j’eus l’impression que cette maison…
pouvait vraiment devenir un foyer.