PARTE 1
Le soleil implacable du nord du Mexique écrasait les plaines arides de Sonora, brûlant la terre jusqu’à la transformer en une croûte de poussière craquelée. Mateo, un fermier au visage durci par les années et le chagrin, rentrait lentement vers son hacienda. Son fidèle cheval, Relámpago, avançait au pas, connaissant par cœur chaque pierre et chaque cactus de ce chemin de terre désolé. Depuis la mort de sa femme Elena 3 ans plus tôt, Mateo n’était plus qu’une ombre. Son immense domaine n’était plus un foyer, mais une prison de silence où il travaillait jusqu’à l’épuisement pour oublier sa solitude.
Mais ce crépuscule-là, l’instinct de l’homme le força à tirer brusquement sur les rênes.
Ce ne fut pas un cri qui l’alerta, mais une masse sombre, anormale, affalée contre les poteaux pourris d’une vieille clôture en barbelés. Croyant d’abord à un sac de nourriture abandonné, Mateo plissa les yeux. Un frisson glacial lui parcourut l’échine malgré la chaleur étouffante à plus de 40 degrés.
Il sauta de Relámpago et courut dans la poussière.
C’était une femme. Elle gisait sur le côté, son vêtement collé à son corps émacié par une sueur séchée. Ses lèvres étaient fendues en sang, sa peau était atrocement brûlée par les rayons du soleil, et ses pieds nus étaient couverts d’écorchures. Un essaim de mouches bourdonnait autour de son visage inerte. Elle respirait à peine.
Mateo tomba à genoux dans la terre cuite.
— Señora… vous m’entendez ? murmura-t-il, la voix tremblante.
Les paupières de la femme papillonnèrent faiblement, révélant un regard vide, résigné à la mort. C’est à cet instant précis que Mateo baissa les yeux et remarqua un vieux panier en osier brisé, dissimulé sous un chiffon crasseux à l’ombre du poteau. Le cœur battant à tout rompre, il écarta le tissu.
Il y avait un bébé à l’intérieur.