L’impact fut d’une violence apocalyptique.
Le pick-up noir s’écrasa à pleine vitesse contre la façade en adobe de l’hacienda. Le mur explosa dans un fracas assourdissant de briques pulvérisées, de poutres brisées et d’un nuage de poussière aveuglant. Mateo fut projeté violemment en arrière, heurtant lourdement le plancher. Le souffle coupé, à moitié assommé par le choc et recouvert de gravats, il lutta pour retrouver ses esprits. L’avant du camion monstrueux trônait au beau milieu de son salon en ruine.
Dans un grincement de tôle froissée, la portière du véhicule s’ouvrit à coups de pied. Ramiro en émergea, le front en sang, le regard fou d’un prédateur enragé. À travers la poussière qui retombait lentement, il braqua son pistolet directement sur Mateo, qui cherchait désespérément son fusil à tâtons dans l’obscurité.
Les doigts du fermier frôlèrent le canon froid de l’arme. Il la saisit, roula sur le côté, et se redressa sur un genou.
Les 2 détonations retentirent dans la nuit mexicaine à la fraction de seconde près, fusionnant en un seul coup de tonnerre terrifiant.
La balle de Ramiro effleura l’oreille de Mateo, lui arrachant un cri de douleur alors qu’une traînée brûlante lui déchirait la peau. Mais le tir de chevrotine de Mateo fut fatal. Touché de plein fouet, Ramiro fut projeté violemment contre la carrosserie mutilée de son propre pick-up. Il glissa lourdement sur le sol couvert de débris de verre et de poussière. Un gargouillement morbide s’échappa de ses lèvres, ses yeux révulsés fixant le plafond détruit, puis son corps massif s’immobilisa à tout jamais.
Saisis par la panique en voyant leur frère aîné abattu, et l’un d’eux perdant abondamment son sang, les 2 autres hommes s’enfuirent lâchement à pied dans l’obscurité du désert, abandonnant le cadavre derrière eux.
Un silence de mort retomba sur l’hacienda éventrée. Le seul bruit qui subsistait était le sifflement de la vapeur s’échappant du radiateur crevé du pick-up.
Mateo, haletant, le visage en sang, lâcha son fusil. Il se traîna au milieu des gravats jusqu’au couloir. La porte de la chambre du fond s’ouvrit lentement en grinçant. Lucía apparut, blanche comme un linceul, serrant la petite Esperanza si fort contre sa poitrine qu’elle semblait vouloir la fusionner avec son propre cœur. Elle regarda le salon détruit, la carcasse du camion, puis le corps sans vie de l’homme qui l’avait martyrisée pendant des années.
Il n’y eut aucun cri d’hystérie. Aucune lamentation. Seulement l’effondrement silencieux d’une femme brisée qui comprenait enfin que son cauchemar était terminé. Ses genoux cédèrent, et elle s’effondra sur le sol en pleurant à chaudes larmes. Des larmes de terreur, d’épuisement absolu, et d’un soulagement si profond qu’il en était presque douloureux. Mateo s’agenouilla près d’elle et l’enlaça, protégeant la mère et l’enfant au milieu des ruines de sa propre maison.