Il y a un jeune garçon qui passe souvent dans ma rue et, chaque fois qu’il me voit, il montre du doigt ma grossesse et la seule chose qu’il dit est : « Tu portes un serpent ! Arrête cette grossesse ! Ne le mets pas au monde ! »

Je sentis une main glacée se poser sur mon épaule. Je hurlai et me retournai brusquement, frappant dans le vide. Les lumières de secours s’allumèrent enfin. Il n’y avait personne. Juste une vieille bouteille en plastique vide qui roulait sur le sol, identique à celles que portait le garçon. Je rentrai chez moi en tremblant, convaincue que je perdais la tête. Jordan m’accueillit avec un verre d’eau, tentant de me rassurer, mais son rire me parut soudain étrangement forcé, ses yeux fuyants.

Le lendemain, je décidai de mener ma propre enquête. Je retournai dans la ruelle où le garçon avait disparu. Après avoir interrogé plusieurs mendiants, l’un d’eux, un vieil homme sans jambes, finit par me répondre : « Ce petit ? C’est le fils du vieux laboratoire de recherche qui a brûlé il y a dix ans. On dit qu’il voit ce que les machines ne voient pas. S’il te parle de serpent, c’est que la semence est corrompue. » Il me tendit une adresse griffonnée sur un carton gras. C’était celle d’une clinique privée de biotechnologie, située à l’autre bout de la ville.

Je m’y rendis sur-le-champ. En soudoyant un archiviste, j’accédai aux dossiers confidentiels de l’année précédente. Mon sang se glaça en trouvant une fiche au nom de mon mari. Jordan n’était pas seulement un homme d’affaires ; il était le principal investisseur d’un projet de “Génétique Hybride”. Le dossier contenait des photos d’embryons dont la colonne vertébrale s’étirait de manière anormale, se terminant par une structure qui n’avait rien d’humain. Jordan ne m’avait pas épousée par amour. Il m’avait choisie comme l’incubateur parfait pour sa création la plus précieuse : une chimère immortelle, un prédateur à forme humaine.