Pas de colère.
Pas de ressentiment.
De la fierté.
Pour la première fois de ma vie, quelqu’un venait de me raconter la vérité sur mon père.
Je pris une grande inspiration.
— Qu’est-ce que vous voliez ? — demandai-je.
Le procureur répondit depuis sa table.
— Des médicaments pour la tension artérielle, Votre Honneur. Et des antibiotiques.
Je regardai Jean-Pierre.
— Pour vous ?
Jean-Pierre secoua la tête.
— Pour ma femme.
Le juge haussa les sourcils.
— Votre femme ?
Jean-Pierre hocha lentement la tête.
— Elle a un cancer. Nous n’avons pas d’assurance. Les médicaments coûtent plus que ce que je gagne en nettoyant des parkings.
Je sentis quelque chose se briser en moi.
Je regardai le juge Morel.
— Votre Honneur… — dis-je d’une voix ferme pour la première fois depuis que tout avait commencé — je demande la permission de parler.
Le juge m’observa quelques secondes.
— Accordé, agent Delorme.
Je respirai profondément.
— Cet homme… — dis-je en désignant Jean-Pierre — m’a sauvé la vie avant même que je naisse.
Toute la salle me regardait.
— Parce que l’homme qui est mort en le sauvant… était mon père.
Un murmure parcourut la salle.
Je regardai le juge droit dans les yeux.
— Mon père a donné sa vie pour que cet homme vive.
J’avalai difficilement ma salive.
— Et aujourd’hui, nous sommes en train de le juger pour avoir volé des médicaments… afin que sa femme ne meure pas.
Le silence était absolu.
Alors le juge Morel posa lentement son marteau sur la table.
Et ce qu’il dit ensuite…
changea le destin de toutes les personnes présentes dans cette salle.