— Tout est faux. Cette nuit-là, je l’ai entendue au téléphone. Elle parlait d’une assurance-vie… de toi… d’un infarctus soudain… personne ne soupçonnerait rien.
Le monde bascula.
— Me tuer ?
— Oui. Quand je l’ai confrontée, elle a avoué ses dettes. On la menaçait. J’ai dit que je demanderais le divorce et que je te protégerais. Elle m’a poussé par-dessus la rambarde.
Je portai la main à ma bouche.
— Comment as-tu survécu ?
— Les vagues m’ont jeté contre des rochers. J’ai perdu la mémoire. Un couple de pêcheurs m’a recueilli. J’ai vécu deux ans sous un autre nom. Puis un jour, en voyant passer un yacht, tout m’est revenu. Ton visage. Et j’ai su que je devais revenir.
Il me fixa.
— Elle essaie encore de te tuer. Ne lui dis rien. Il nous faut des preuves.
Il sortit un petit flacon en verre.
— Ce soir, accepte la tisane. Souris. Mais ne bois pas. Garde-en un échantillon ici.
Je rentrai chez moi en sentant que la maison était une cage pleine de pièges.
Trois nuits de suite, je répétai le rituel. Sourire. Fausse gorgée. Flacon caché.
Le quatrième jour, Julien me donna le résultat d’un laboratoire privé. Un mot, en rouge :
ARSENIC.
« Dose faible, cumulative. Atteinte rénale et hépatique. Décès en quelques mois. »
La trahison me plia en deux.
Nous appelâmes Émile Renaud, ancien policier et ami de mon défunt mari. Il suivit Claire pendant une semaine. Photos : rendez-vous discret dans un quartier périphérique. Argent remis. Petit paquet échangé. Et un enregistrement :
— Quand je toucherai l’assurance de la vieille, tout sera réglé.
Il manquait la preuve pour la tentative de meurtre en mer.
Julien se souvint :
— Antoine… il avait loué un drone pour filmer la fête.
Nous retrouvâmes Antoine Lefèvre. Après une heure de recherche sur d’anciens disques durs, la vidéo apparut : vue aérienne du yacht. Deux silhouettes qui se disputent. Puis le corps de mon fils basculant dans le vide, poussé par une femme qui, calmement, replace ses cheveux avant de retourner vers la musique.
Antoine pâlit.
— C’est Claire…