Je m’appelle Éléonore Morel. Aux yeux de mon mari, Laurent Dubois, je ne suis qu’une simple femme au foyer : sans travail, sans ambition et, selon lui, sans valeur.
Ce que Laurent ignore, c’est que je suis la propriétaire secrète du groupe Horizon Global Holdings, un empire évalué à cinq milliards d’euros, avec des lignes maritimes sur la côte méditerranéenne française, des hôtels de luxe à Nice et à Cannes, et des entreprises technologiques basées à Paris, Lyon et dans d’autres grandes villes européennes.
Pourquoi l’ai-je caché ? Parce que je voulais que Laurent m’aime pour ce que je suis, pas pour mon argent. Quand nous nous sommes rencontrés à Lyon, il était aimable, travailleur et plein de rêves. Mais lorsqu’il a été promu dans l’entreprise où il travaillait — sans savoir qu’elle était aussi l’une de mes filiales — il a changé. Il est devenu arrogant, méprisant, et j’ai perdu l’homme dont je m’étais éprise.
Le soir de sa fête de promotion est arrivé. Il venait d’être nommé Vice-président des ventes pour la France.
Je me préparais, tenant ma robe de soirée, lorsque Laurent entra dans la chambre avec un cintre à la main.
— Que fais-tu, Éléonore ? demanda-t-il froidement. Pourquoi as-tu cette robe ?
— Je me prépare pour ta fête, répondis-je avec un sourire forcé.
Il rit avec mépris. Il m’arracha la robe et la jeta au sol.
— Tu n’es pas une invitée, dit-il durement. À cette fête, j’ai besoin de gens qui servent. Il nous manque du personnel.
Il me lança alors le cintre portant un uniforme noir de domestique : tablier blanc et serre-tête inclus.
— Mets ça. Tu serviras les boissons. C’est la seule chose que tu sais faire, n’est-ce pas ? Et autre chose… ne dis à personne que tu es ma femme. Tu me fais honte. Dis que tu es employée à l’heure.
J’ai senti quelque chose se briser en moi. J’ai voulu lui crier que je pouvais acheter l’entreprise où il travaillait. Que je pouvais le licencier d’un simple appel. Mais je suis restée silencieuse.
C’était la dernière épreuve.
— Très bien, répondis-je à voix basse.
En descendant dans le salon de notre maison du XVIᵉ arrondissement de Paris, j’ai vu une femme assise confortablement sur le canapé. C’était Camille, sa secrétaire : jeune, belle et sûre d’elle.
Mais ce qui m’a coupé le souffle, c’est ce qu’elle portait.
Le collier d’émeraudes de ma grand-mère, un héritage familial des Morel qui avait disparu de mon coffret à bijoux ce matin même.
— Mon amour, il me va bien ? demanda Camille en caressant le collier.