— Il te va parfaitement, répondit Laurent avant de l’embrasser. Il te met mieux en valeur que mon épouse, qui n’a aucun style. Ce soir, tu seras assise avec moi à la table d’honneur. C’est toi que je présenterai comme ma compagne.
Je me suis détournée en silence. En ajustant mon tablier dans la cuisine, j’ai senti qu’on m’arrachait, pièce par pièce, ma dignité… et maintenant aussi un souvenir de ma famille.
Ils n’avaient aucune idée que cette nuit allait tout changer.
La réception eut lieu dans le grand salon d’un hôtel cinq étoiles de l’avenue Montaigne, à Paris. D’immenses lustres illuminaient la salle, et un quatuor jouait un jazz feutré tandis que cadres, investisseurs et dirigeants levaient leurs coupes de champagne.
J’entrai par la porte de service, portant un plateau de boissons, l’uniforme noir parfaitement repassé. Personne ne fit attention à moi. J’étais invisible, exactement comme Laurent le voulait.
Je le vis aussitôt.
Debout au centre de la salle, sûr de lui, serrant des mains, rayonnant de fierté. À ses côtés, Camille, vêtue d’un élégant tailleur rouge et arborant le collier d’émeraudes de ma grand-mère comme s’il lui appartenait.
Chaque pas que je faisais entre les tables me rappelait jusqu’où il était tombé… et combien je m’étais trompée en espérant encore qu’il changerait.
— Mademoiselle, une autre coupe — ordonna l’un des invités, sans même me regarder.
Je servis en silence.
Je passai près de la table d’honneur au moment où Laurent levait son verre.
— Merci à tous d’être présents en cette soirée si importante. Cette promotion marque le début d’une nouvelle étape pour l’entreprise… et pour moi.
Applaudissements.
Camille posa la main sur son bras, feignant l’intimité.
— Et je tiens à remercier tout particulièrement ma compagne, qui m’a toujours soutenu, ajouta-t-il en la regardant avec un sourire qui avait autrefois été le mien.
Un nœud se forma dans ma gorge, mais je continuai d’avancer.
Puis quelque chose d’inattendu se produisit.
Les grandes portes du salon s’ouvrirent, et le murmure général s’éteignit aussitôt.
Le directeur général mondial du groupe, Alexandre Rivas, entra accompagné de plusieurs membres du conseil international. Sa présence n’était pas prévue ; personne ne s’attendait à ce qu’il vienne de New York uniquement pour cette célébration.
Laurent se raidit, surpris, puis adopta aussitôt son sourire professionnel.
— Monsieur Rivas ! Quel honneur de vous accueillir.