Un jour après ma césarienne, mes propres parents m’ont mise à la porte pour donner ma chambre à ma sœur et à son nouveau-né. Je pouvais à peine tenir debout et j’ai supplié ma mère de me laisser me reposer.

— Arrête de pleurnicher, a-t-elle hurlé.
Fais ta valise et dégage.

Un gémissement m’a échappé quand j’ai senti une brûlure dans la plaie.

Mon père a soufflé, agacé, comme si je faisais une scène pour rien.

— Sortez-la d’ici, a-t-il dit.
Elle me met mal à l’aise.

Sophie est arrivée dix minutes plus tard avec sa poussette, un énorme sac et ce demi-sourire habituel.

Elle a regardé mes yeux gonflés, ma chemise de nuit tachée, la valise mal fermée près de la porte, puis elle a lâché :

— Enfin je vais avoir la chambre pour moi toute seule,
sans ton drame.

Je ne me souviens pas vraiment comment j’ai descendu les escaliers. Je sais seulement qu’Élise s’est mise à pleurer, que je voyais à peine à travers mes larmes et que l’air froid de la rue m’a coupé la peau quand j’ai franchi le portail, une main sur le ventre et l’autre tenant le couffin.

C’est alors que la voiture de Julien a tourné au coin de la rue. Il a freiné brusquement en me voyant debout sur le trottoir, pâle, décoiffée, tremblante.

Il est sorti, a laissé le sac de la pharmacie sur le siège et a regardé d’abord mes mains, puis mes cheveux en désordre, puis le sang qui apparaissait sous le tissu de ma chemise de nuit.

Je lui ai dit une seule phrase :

— Ils m’ont mise dehors.

Julien a levé les yeux vers mes parents et ma sœur, toujours sur le pas de la porte. Il n’a pas crié. Il n’a pas fait de gestes brusques.

Il a ouvert la boîte à gants, en a sorti un dossier bleu et son téléphone, puis il a dit d’une voix si froide que même ma mère a reculé d’un pas :