— « Oui… Vous l’avez connu ? »
Jean-Pierre se mit à trembler encore plus fort que moi.
— « Mon Dieu… » murmura-t-il.
— « Tu es le bébé ? … Tu es Marc ? »
Le monde s’écroula autour de moi.
Comment connaissait-il mon nom ?
— « Oui… je suis Marc. »
Jean-Pierre ferma les yeux.
Deux grosses larmes roulèrent sur ses joues sales.
— « J’étais avec lui, mon garçon.
J’étais à ses côtés quand il est mort. »
Mais ce qu’il m’a raconté ensuite…
personne dans cette salle d’audience ne l’oubliera jamais.
Partie 2…
Jean-Pierre ouvrit les yeux avec difficulté, comme si chaque souvenir pesait des tonnes.
Ses mains tremblaient. Pendant un instant, il sembla oublier qu’il se trouvait dans une salle d’audience, devant un juge, des procureurs et des avocats.
Il ne regardait plus que moi.
— J’étais avec lui… — répéta-t-il à voix basse. — Ton père était mon meilleur ami là-bas.
Je sentis l’air quitter ma poitrine.
— Mon père… ? — demandai-je. — Vous le connaissiez vraiment ?
Jean-Pierre hocha lentement la tête.
— On nous appelait “les deux Français du Sud”, même si on ne venait pas exactement du même endroit — dit-il avec un sourire triste. — Il parlait de sa femme tous les jours… de ta mère. Et du bébé qui allait naître. Toi.
Mes jambes devinrent faibles.
Toute ma vie, j’avais entendu des histoires fragmentées sur mon père : un héros, un soldat courageux mort au combat.
Mais personne ne m’avait jamais raconté ce qui s’était réellement passé.
Le juge Morel frappa de son marteau.
— Agent Delorme, que se passe-t-il là-bas ?
Je ne l’entendis même pas.
— S’il vous plaît… — dis-je doucement à Jean-Pierre. — Dites-moi ce qui s’est passé ce jour-là.
Jean-Pierre inspira profondément, comme s’il retournait dans la jungle du Vietnam.
— Hamburger Hill… c’était l’enfer — murmura-t-il. — Il pleuvait, la boue nous montait jusqu’aux genoux. Les tirs venaient de partout. Ton père était à côté de moi quand les mortiers ont commencé à tomber.
La salle d’audience devint silencieuse.
Même le procureur cessa de parler.
Jean-Pierre continua :